
Israël pourrait-il utiliser des sous-marins contre l’Iran ?


Mais comment ? La route la plus rapide depuis la
côte méditerranéenne d’Israël passe par le canal de Suez qui traverse
l’Egypte. Donc le sous-marin serait caché dans les cales d’un
pétrolier, qui le transporterait dans le golfe Persique.
Telle est l’intrigue d’un thriller israélien, "Undersea Diplomacy"
(qui n’a pas été traduit en français). Tient-elle la route ? Peut-être
pas. Mais l’auteur, Shlomo Erell, n’est pas un simple écrivain. C’est
un ancien amiral ayant l’expérience des plans opérationnels les plus
secrets d’Israël.
"C’est une pure fiction, mais une fiction informée,"
répond-il simplement lorsqu’on lui demande si son livre reflète la
manière dont Israël pourrait utiliser ses sous-marins de la classe
Dolphin contre l’Iran, dont les dirigeants ont déclaré qu’Israël
devrait être rayée de la carte, déclenchant une inquiétude
internationale sur le programme nucléaire de Téhéran.
Israël possède 3 sous-marins Dolphin, et 2 autres ont été commandés à Howaldtswerke-Deutsche Werft, le chantier allemand qui les lui a vendu avec une forte réduction.
Les sous-marins sont protégés par un secret très épais,
ce qui a conduit à envisager qu’ils pourraient être équipés de missiles
à capacité nucléaire.
De nombres spécialistes pensent que les Dolphin sont
les armes de riposte d’Israël, reprenant une théorie de la guerre
froide selon laquelle un pays peut dissuader un ennemi de lancer des
attaques nucléaires en maintenant la capacité de représailles, même
après que son propre territoire ait été dévasté. Une plateforme
nucléaire en mer est la meilleure garantie.
L’Iran dément vouloir se doter d’armes nucléaires, et
des experts indépendants disent qu’il s’écoulera des années avant
qu’elle ne dispose d’une telle capacité. Certains pensent donc que
l’expansion de la flotte sous-marine israélienne pourrait faire partie
de préparations pour réduire par la force une possible menace future.


"Il n’y a rien à l’horizon qui suggère que l’Iran
puisse avoir la capacité de détruire les armes nucléaires
israéliennes," a déclaré Sam Gardiner, un colonel en retraite de l’US
Air force qui étudie des scénarios de guerre au Moyen-Orient pour le
gouvernement américain et des clients privés.
Les Dolphin, pense-t-il, pourraient faire partie d’une
"capacité conventionnelle de lancer une attaque classique préventive
contre un grand nombre d’objectifs".
L’éloignement n’est pas un problème ?
Israël a envoyé en 1981 des bombardiers détruire le
réacteur nucléaire irakien et il est soupçonné de pouvoir faire de même
contre les installations iraniennes si les pressions diplomatiques
échouent à bloquer les projets nucléaires de Téhéran.


Mais le raid contre l’Irak était dirigé contre un seul
site, relativement proche des frontières d’Israël. Des cibles en Iran
pourraient être trop nombreuses et éloignées pour l’armée de l’air
d’Israël, en particulier si les états arabes ou la Turquie refusent le
survol de leur territoire
.
On suppose qu’Israël dispose de missiles balistiques,
bien que sa petite taille puisse rendre impossible des lancements par
surprise : un essai impromptu de missile effectué en janvier dernier a
été annoncé par la presse dans les minutes qui ont suivi lorsque les
habitants effrayés des villes voisines ont signalé le décollage.
Des sous-marins pourraient remplir cet écart, en
particulier s’ils sont positionnés dans les eaux iraniennes. Cette
possibilité a conduit à des spéculations qu’Israël voulait disposer de
5 Dolphin afin de disposer d’au moins un en mer à tout moment pendant
que les autres sont entretenus.
La question reste de savoir s’ils pourraient naviguer aussi loin.
Des sources de la marine israélienne indiquent que les
Dolphin n’utilisent pas le canal de Suez — pour éviter de devoir être
inspectés par les pilotes égyptiens. Cela signifie que, pour atteindre
le golfe, Israël devrait soit utiliser des ruses fantaisistes comme
celle décrite dans "Undersea Diplomacy", ou bien d’envoyer les sous-marins faire le tour de l’Afrique — un voyage d’au moins un mois.
Jason Alderwick, un expert de l’International Institute for Strategic Studies de Londres, est sceptique.
"Je ne crois pas à l’idée d’une rotation. Ces
sous-marins n’ont pas été achetés dans l’idée de les faire naviguer
dans le golfe," explique-t-il. Comme les Dolphin sont des sous-marins
classiques et non nucléaires, ils ont besoin de ravitaillements
réguliers et d’entretien à terre. Il les considère comme mieux adaptés
pour des missions proches en Méditerranée.
Israël a aussi accès à la mer Rouge grâce au port
d’Eilat. Mais des sources de la marine indiquent qu’il n’y a aucun
projet d’y baser des sous-marins parce que la mer Rouge, très étroite
et partagée avec plusieurs pays arabes, est vulnérable à des blocus au
niveau du détroit de Tiran.
Une dissuasion jamais utilisée


Bloqués dans la Méditerranée, soulignent les
spécialistes, les Dolphin israéliens ne pourraient constituer une
menace de riposte nucléaire pour l’Iran que s’ils étaient équipés de
missiles de croisière nucléaires pouvant atteindre des cibles situées à
plus de 1.500 km.
Lee Willett, du Royal United Services Institute for Defence and Security Studies,
souligne que les Dolphin n’ont pas de tubes verticaux utilisés par les
sous-marins occidentaux et soviétiques, plus gros, pour lancer des
missiles balistiques.
Des essais effectués pendant la guerre froide ont
montré que des têtes nucléaires sont trop lourdes pour être
transportées sur de longues distances par des missiles de croisière.
Israël ne pourrait donc frapper l’Iran qu’avec des têtes
conventionnelles si elles étaient lancées depuis la Méditerranée,
explique-t-il.
Une attaque nucléaire sur l’Iran par un Dolphin,
explique Willett, devrait être lancée depuis le golfe Persique, ce qui
révélerait la position du sous-marin non-protégé, ce qui l’exposerait
probablement à être détruit par les forces iraniennes survivantes.
"L’idée maîtresse d’une dissuasion est qu’elle n’est
jamais utilisée," indique Willett. "En concevant les Dolphin comme une
plateforme de riposte, j’imagine que les israéliens pensaient que ce
n’était pas l’idéal, mais que c’était le mieux qu’ils avaient."
Israël ne discute pas de ses capacités nucléaires, dans
le cadre d’une politique d’ambiguïté destinée à écarter la menace des
ennemis de la région tout en évitant le genre de provocations qui
pourrait déclencher une course aux armements.
Erell semble soutenir une telle idée. Le message de son
livre — qui a eu peu de succès en Israël, et n’est actuellement
disponible qu’en hébreux — était "comment utiliser un sous-marin sans
recourir à la guerre".

